UN AGENT ANTI-MATÉRIEL ÉTAIT DÉTOURNÉ ET MILITARISÉ PAR UN ÉTAT OU UNE ORGANISATION ENNEMIE ?
LES AGENTS BIOLOGIQUES DEVENAIENT DES OUTILS D’ENTRETIEN ET DE RÉPARATION COMME LES AUTRES ?
LE VIVANT S’AVÉRAIT ÊTRE LA MEILLEURE DES PROTECTIONS DANS LE CADRE D’ATTAQUE AUX AGENTS ANTI-MATÉRIELS ?
Bactéries mangeuses de fer, champignons xylophages, microalgues calcifiantes… Le vivant regorge d’agents capables d’interagir de manière ciblée avec des matériaux.
Détournés voire militarisés, certains de ces agents biologiques peuvent altérer, neutraliser ou détruire des infrastructures et équipements stratégiques. L’action de ces agents anti-matériels, souvent invisible et à effet différé, représente un risque majeur dans un contexte où la France et l’Europe font face à une vulnérabilité croissante de leur approvisionnement en matières premières stratégiques, comme les métaux ou les terres rares.
Utilisés à bon escient, d’autres de ces micro-organismes s’avèrent être des alliés précieux pour protéger, renforcer voire soigner les matériaux que nous utilisons. Ces agents pro-matériels se révèlent particulièrement utiles dans les zones dangereuses et peu accessibles à l’homme, où des réparations classiques s’avéreraient périlleuses.
Ces découvertes ouvrent un nouveau paradigme qui nous invite à repenser notre rapport à la matière, pour en comprendre ses fragilités et exploiter les possibilités offertes par la maîtrise de sa dégradation comme de sa recomposition.





L'Airbus A330 Multi Role Tanker Transport (MRTT), dont l’aile est présentée ici, est un avion militaire de transport et de ravitaillement développé et construit par Airbus Defence and Space. Il peut transporter jusqu’à 60 000 kg de kérosène pour ravitailler d’autres appareils.
Une pluie diluvienne s’abat sur la base aérienne 125. Des spores d’Hormoconis resinae, présentes dans l’air, s’infiltrent dans les réservoirs de kérosène des avions ravitailleurs. Prospérant dans l’atmosphère humide, elles se multiplient. Une pulvérisation de biocide rassure les techniciens de maintenance : la contamination paraît, à première vue, endiguée.
Une pompe tombe en panne lors d’un ravitaillement au-dessus de l’Atlantique. La flotte atterrit en urgence à l’aéroport militaire de Cayenne. Si l’extérieur de l’appareil ne présente rien d’anormal, une inspection plus approfondie du réservoir de carburant révèle de larges traces de corrosion : l’aluminium à sa surface est rongé, certains tuyaux inutilisables.
L’examen est sans appel : Hormoconis resinae commence également à coloniser la structure de l’aile. Même constat sous le revêtement époxy de la voilure.
L’A330 restera cloué au sol.
Ce champignon prospère dans des environnements contenant des alcanes et de l’eau. C’est le cas des réservoirs de carburant d’aviation, d’où il tire son surnom « champignon du kérosène ». La consommation d’hydrocarbures par Hormoconis resinae dans un environnement aqueux – dû à la condensation formée en altitude – génère des acides organiques, qui corrodent l’aluminium et ses alliages.
Les réservoirs et pompes de carburant, les tuyaux de ravitaillement et le revêtement de l’aile de l’A330 MRTT sont touchés.
Cette bactérie est capable de coloniser les surfaces polymères et d’y former un biofilm qui piège l’humidité et les nutriments.
En sécrétant des enzymes, elle attaque ensuite les liaisons chimiques des matériaux, ce qui provoque une dépolymérisation.
Des microfissures apparaissent à la surface des revêtements (peinture, époxy), les joints perdent leur étanchéité, accélérant la détérioration de l’aile.

L'Airbus A330 Multi Role Tanker Transport (MRTT), dont l’aile est présentée ici, est un avion militaire de transport et de ravitaillement développé et construit par Airbus Defence and Space. Il peut transporter jusqu’à 60 000 kg de kérosène pour ravitailler d’autres appareils.
Un technicien de maintenance pulvérise un produit sur un A330. Une scène a priori banale sur la base aérienne de Bordeaux-Mérignac. Un groupe de scientifiques l’observe pourtant avec attention. Il s’agit en fait du premier test en conditions réelles d’un produit révolutionnaire contre la corrosion appelé NatureGuard™, développé par la start-up Greenova financée par l’Agence de l’innovation de défense depuis 2036.
Il contient des Pseudomonas putida, une bactérie particulièrement résistante aux UV et capable de se développer dans une large gamme de températures et de pressions.
L’observation durera quatre jours, durant lesquels l’avion sera utilisé dans une mission de ravitaillement au-dessus de la Méditerranée. Si tout se passe comme prévu, les bactéries présentes dans NatureGuard™ devraient avoir formé un biofilm protecteur sur toute la surface de l’avion.
En laboratoire, le taux de corrosion était diminué par 28. Les équipes de Greenova espèrent des résultats semblables après un vol pour généraliser l’utilisation sur tous les appareils de l’armée de l’Air et de l’Espace.
Cette bactérie est capable de former un biofilm inhibant la corrosion de l’acier doux. Il est possible d’améliorer la biopassivation de la surface en stimulant l’activité bactérienne par un apport de nutriments.
Le biofilm développé adhère à la surface de l’acier doux même après la mort des cellules bactériennes, offrant ainsi une protection supplémentaire et de longue durée à l’aile de l’A330 MRTT.
Des chercheurs de l’Université de Delft travaillent sur des procédés de béton auto-cicatrisant. Ces recherches reposent sur l’incorporation de bactéries Bacillus al-kalinitrilicus et de lactate de calcium dans des capsules d’argile, intégrées comme granulats dans la fabrication du béton.
Les capsules se fissurent en même temps que le béton et provoquent l’activité bactérienne, à l’origine de la production de carbonate de calcium venant colmater les fissures.


Menaces 2035, rapport inédit publié par le Collectif RADAR aux éditions Robert Laffont, imagine et explore les menaces de demain en s'appuyant sur une collaboration entre la société civile et le monde de la défense.